Comment parler de soi ? (partie 2)

Attention : Cet article est la deuxième partie de l’article précédent. Il est donc recommandé (mais pas bloquant non plus) de lire la première partie avant de commencer la lecture de celui-ci

 

 

Dans le dernier article, j’essayais de mettre en lumière la différence entre se décrire et se raconter. J’ai donc écrit une version où je me décrivais et une version où je me racontais. Et en faisant cet exercice, je me suis rendu compte qu’il y a 6 choses différentes que je faisais quand je me racontais. Je vous partage sans plus tarder ces 6 concepts ^^.

1) L’angle

Quand on se raconte on choisit un angle. C’est le thème de votre récit. De quoi veut-on parler ? Choisir comme angle « montrer que j’ai été ouvert et flexible d’esprit » ce n’est pas la même chose que « montrer que je suis légitime dans le domaine du recrutement et de l’innovation».

PointDeVueTelescope

Dans un cas, je mettrai en lumière mon échange en Pologne et le fait d’être passé d’une filière scientifique à une fillière commerciale. Dans un autre cas, je mettrai en lumière mon lien avec le recrutement et le monde des start-up (c’est l’angle que j’ai choisi dans l’article précédent).

Et les récits auraient probablement été totalement différents. Alors qu’on part du même matériau brut. Quand vous vous racontez il faut donc que vous choisissiez un angle.

Si vous deviez résumer la morale de votre histoire, quelle serait-elle ?

2) La perspective

L’idée est un peu la même qu’avec l’angle. Ou plutôt, la perspective va aider à déterminer l’angle. Ce que j’appelle perspective c’est le fait de choisir un point de vue de narration.

PublicAudience

En fonction de qui m’écoute. On ne raconte pas la même chose à un entrepreneur et un recruteur. Ne serait-ce que parce qu’ils ne comprennent pas les mêmes mots. Si je m’adresse à un recruteur je n’aurai pas besoin d’expliquer ce qu’est le sourcing. Si je m’adresse à un entrepreneur je n’aurai pas besoin d’expliquer ce qu’est un Business Angel. Dans mon récit précédent j’ai justement choisi de faire comme si je parlais à un recruteur. C’est pour cela que j’ai évité de dire « mon professeur était un business angel » et que j’ai utilisé le mot sourcing sans le définir plus que ça.

Si j’avais parlé à un entrepreneur, j’aurais probablement insisté davantage sur le côté entrepreneurial de mon parcours. Si j’avais parlé à ma grand-mère, j’aurais pris en compte son point de vue différent. Je pourrais lui dire :

« J’aide les recruteurs à développer leur appétence pour le sourcing social. »

Un recruteur comprendrait, ma grand-mère serait perdue (la plupart des mes amis aussi). Il faut donc s’adapter à son point de vue :

« J’aide les recruteurs à utiliser LinkedIn dans leur métier. »

Déjà mieux ! La plupart de mes amis comprendraient. Par contre ma grand-mère ne comprendrait toujours pas : elle ne sait pas ce qu’est LinkedIn. Je lui dirais donc plutôt :

« J’aide les recruteurs à se servir des nouvelles techniques sur Internet. »

Et là elle comprendrait. On pourrait aller encore plus loin dans la perspective. Imaginons qu’il me faille expliquer la même chose à un homme des années 60 (avant l’invention d’Internet, donc). Je dirais :

« J’aide les recruteurs à utiliser l’outil le plus moderne à leur disposition, pour ne pas qu’ils soient dépassés en restant sur l’ancien outil. »

3) La « déjargonnisation »

Ce que j’ai voulu dire par là c’est qu’il faut faire très attention au jargon qu’on utilise. Votre jargon doit correspondre parfaitement à celui de votre interlocuteur. Vous devez donc utiliser les mots qu’il comprend.

DuChinois

Une bonne manière de se forcer à parler la langue de son interlocuteur c’est de ne pas dire « Je suis X » mais plutôt « J’aide les Y à faire Z ».

Au lieu de dire « Je suis formateur en sourcing social », je vais dire « j’aide les recruteurs à utiliser LinkedIn pour recruter ». Le simple fait de formuler la phrase dans ce sens m’a obligé à la rendre compréhensible pour mon interlocuteur.

4) La construction de cohérence

Quand on raconte un récit, il doit avoir un sens, une direction. D’ailleurs à chaque fois que j’ai eu à me raconter dans ma vie, la chose que j’ai fait le plus naturellement du monde était de donner du sens au récit. En gros, vous devez pouvoir donner l’impression que tout était écrit, que rien n’est arrivé par hasard. Tout a un sens. C’était limite votre destin.

DestinEchecs

J’ai fait mon premier stage au hasard. J’avais la flemme de chercher, on m’a proposé EDF, j’ai dit oui. Tout simplement. Pourtant quand je me racontais un an plus tard, je disais :

« j’ai choisi de faire un stage chez EDF dans les Ressources Humaines pour me faire une idée de ce que c’était. J’ai bien fait : ça m’a permis de comprendre que ce n’était pas ce que je voulais faire. Du coup, je me suis orienté vers un master commercial plutôt que RH. »

J’ai tranché entre école de commerce et école d’ingénieur en jouant à pile ou face. Je ne savais même pas vraiment ce qu’était une école de commerce. Pourtant, un an plus tard quand je me racontais je disais :

« Comme toutes les personnes ayant un penchant pour les sciences, j’ai toujours été très curieux. Du coup j’avais soif de connaître le milieu du business, que je ne connaissais pas du tout. C’est pour ça que j’ai choisi de me rediriger vers une école de commerce »

Si la pièce était tombée sur face au lieu de pile et que j’avais continué dans une école d’ingénieur j’aurais raconté :

« J’ai toujours été passionné par les sciences. Du coup après mon Bac S j’ai fait une prépa S et j’ai logiquement enchaîné sur une école d’ingénieur. »

Et là encore, le récit fait sens, il a une cohérence. Rien n’est raconté par hasard. La vie est aléatoire. Un récit ne doit jamais l’être.

5) La profondeur

J’entends par profondeur, le niveau de détail choisi pour votre récit. Attention, la plupart des gens font des récits beaucoup trop profonds.

ProfondeurRecit

Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens ont l’impression de mentir s’ils ne rentrent pas dans le détail. Alors qu’il n’en est rien ! Choisir le bon niveau de détail c’est aussi respecter son interlocuteur en ne le bassinant pas de choses qui ne l’intéressent pas.

Sans compter qu’un bon récit doit maîtriser son niveau de détail. Par exemple, je viens de vous dire que j’avais tranché entre école de commerce et école d’ingénieur en jouant à pile ou face. En vérité ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. J’ai fait une liste de pour et de contre sur une feuille, j’ai hésité pendant 3 jours, et puis finalement comme je n’arrivais pas à prendre une décision je me suis arrêté sur un critère tout bête : l’école d’ingénieur était à Grenoble, l’école de commerce était à Paris. J’avais des proches en région parisienne, j’ai choisi l’école en région parisienne.

C’était donc presque un choix au hasard. Mais que vous apporte ce niveau de détail à part de l’ennui ? Alors qu’en une phrase « j’ai fait pile ou face » vous aviez saisi le concept.

6) L’unité de temps

Ce que j’ai appelé unité de temps (en empruntant le terme à mes vagues souvenirs de cours de français) c’est tout simplement le choix de la période.

LeTemps

C’est fondamental. À partir du même matériau vous pouvez choisir de raconter des histoires totalement différentes en fonction du début et de la fin que vous choisissez. Mais pas seulement. Vous pouvez également choisir quelle place prendra chaque période dans le récit.

Par exemple, Titanic commence un peu avant que le bateau prenne l’océan et finit au moment où il coule (si on exclut la dernière scène). Mais le film aurait très bien pu commencer au moment où le bateau coule et raconter uniquement le naufrage spectaculaire puis ce qu’il s’est passé le lendemain. Autre début, autre fin.

ParodieTitanic

Mais on aurait pu aussi choisir d’étirer différemment les périodes. Par exemple, on aurait pu prendre 2h45 pour raconter la traversée et 0h15 pour raconter le naufrage. Ou, à l’inverse, on peut choisir de prendre 0h15 pour raconter la traversée et 2h45 pour raconter le naufrage.

Dans votre récit de vous-même c’est pareil : commencer au bac et commencer à la dernière expérience ce n’est pas le même récit. De même, dans mon premier récit descriptif j’ai accordé une ligne à mon poste actuel. Alors que dans le deuxième j’ai carrément pris un quart du récit pour le raconter.

D’ailleurs souvent, je vois les mêmes erreurs : commencer trop tôt et finir trop tôt. Le candidat commence trop tôt (le bac par exemple) et puis il ne maîtrise pas l’étalement des périodes. Il se rend compte que du coup il a trop parlé et il finit la fin en queue de poisson en décrivant à peine son expérience actuelle.

Conclusion

Voilà ! Le but de cet article n’était absolument pas de prétendre vous donner un vrai cours de récit. Je n’ai aucune connaissance théorique. Ce que je viens de vous dire, je ne mettais même pas les mots dessus avant que je me force à chercher à expliquer. Jusqu’à maintenant je disais juste « bah je sais pas…c’est intuitif, j’ai pas vraiment de technique». Désormais, vous avez un début de recette à appliquer !

  • Nicolas

    Un des meilleurs articles sur le recrutement que j’ai lu, notamment grâce à l’aller-retour constant entre les explications théoriques et l’exemple. Bravo ! Ça va aussi me servir pour les lettres de motivations ou pour se présenter à des nouvelles rencontres.

    • Nicolas Galita

      Merci Nicolas 😀 😀 😀

      J’espère que ça pourra te servir, oui !

  • François

    Pas déçu, après la partie 1 🙂
    En tout cas, lorsque ça ne vient pas automatiquement, ça a l’air de demander beaucoup de pratique !

    • Nicolas Galita

      Super 😀

      Ah oui, j’imagine ! Je ne sais pas vraiment puisque c’est assez naturel dans ma pratique ! À vrai dire, avant de faire l’effort d’écrire cet article je ne me rendais même pas compte de ce que je faisais !

  • Annaguilene

    Super article, tout comme la 1re partie.
    : )

    • Nicolas Galita

      Hey ! Merci Annaguilène 😀