La plupart des recruteurs sont mauvais

Chercher un emploi sans garder en tête que la plupart des recruteurs sont mauvais (ou plutôt perdus) est un handicap que personne ne devrait avoir.

Attention, il ne s’agit pas ici de jeter la pierre sur quiconque, ni de faire un concours (la plupart des candidatures sont également mauvaises et beaucoup de recruteurs sont bons) mais simplement de se dire les choses clairement afin de pouvoir prendre des décisions avec autant de clarté.

J’ai trop souvent vu des candidats rater leur chance uniquement parce qu’ils ne comprenaient pas que le recruteur en face était mauvais.

Pourquoi supposons-nous que les recruteurs sont bons ?

La naïveté professionnelle y est pour beaucoup dans ce manque de lucidité. Surtout quand on débute dans le monde du travail. On a tendance à sous-estimer énormément la réalité concrète.

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Ensuite, vous avez le rapport de force qui fausse énormément la lucidité. En effet, dans la plupart des cas, le rapport de force est incroyablement déséquilibré, en faveur du recruteur. Ce qui engendre du désespoir côté candidat et la revue à la baisse de ses propres exigences.

Enfin, la plupart d’entre nous ne connaît pas la réalité du métier de recruteur. Si par exemple je vous dis qu’un recruteur n’a quasiment jamais le pouvoir de recruter, ça vous étonne ou pas ? Si je vous dis que beaucoup de personnes qui recrutent considèrent le recrutement comme une corvée qui n’a rien à faire dans leur mission, ça vous étonne ou pas ?

Les recruteurs sont mauvais et ce n’est pas forcément de leur faute

D’abord, ce n’est pas quelque chose de spécifique aux recruteurs : beaucoup de professions sont remplies de mauvais professionnels. Si vous voulez comprendre pourquoi, intéressez-vous au principe de Peter : « chaque salarié tend à s’éléver jusqu’à son niveau d’incompétence ». Combien de fois vous êtes vous dit qu’un vendeur dans une boutique de vêtements était compétent ?

Pire encore, les professions où s’exerce un rapport de force démesuré ont tendance à vous couper de toute réalité professionnelle.

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C’est le syndrome de l’enfant gâté (ou du propriétaire d’appartement parisien). Pour une raison simple : « quiconque a du pouvoir est porté à en abuser ». Avez-vous déjà essayé de monter dans un taxi parisien avant l’arrivée d’Uber ? Vous rappelez-vous du comportement des opérateurs téléphoniques avant l’arrivée de Free ?

Il en va de même pour les recruteurs. La semaine dernière j’ai vu sur LinkedIn une chasseuse de tête écrire sérieusement : ce n’est pas à l’employeur de vous chercher, c’est à vous de chercher l’employeur. Le recruteur publie une annonce sans laisser de coordonnées et attend de vous que vous alliez les trouver vous-mêmes. Ridicule.

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Comment on en arrive à des choses si inhumaines et absurdes ? Le rapport de force.

À la décharge des recruteurs, il faut également que vous compreniez que c’est une position extrêmement délicate. Un recruteur n’est souvent pas le décisionnaire final et son pouvoir est limité. Ce qui lui vaut souvent un manque de considération de la part des managers : s’il réussit c’est normal, s’il échoue on lui tape sur les doigts. Et, même au sein du département des Ressources Humaines, le recrutement est souvent vu comme une tâche ingrate et sans aucune noblesse. Les recruteurs sont donc regardés avec un soupçon de mépris. Cerise sur le gâteau : les recruteurs sont souvent très mal équipés. Les systèmes de gestion de candidatures sont presque tous restés bloqués au début des années 2000. Bien avant l’invention du bon goût sur Internet.

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Avec tout ce que je viens de vous dire, vous pouvez aisément comprendre que la position de recruteur est souvent un bizutage. Pour beaucoup de professionnels des Ressources Humaines c’est un passage désagréable mais obligé avant de pouvoir évoluer vers des sphères plus nobles. Vous avez donc beaucoup de recruteurs par défaut. Et quand quelqu’un fait son métier par défaut, il ne le fait jamais correctement.

Comment le prendre en compte ?

Je ne vous raconte pas tout ça pour que vous puissiez l’utiliser comme une excuse ou vous enterrer dans un conflit stérile. Si ça n’avait pas une influence directe sur la recherche d’emploi, je ne vous en parlerais même pas.

La première conséquence c’est qu’il va falloir que vous en fassiez toujours plus. Finalement, la recruteuse qui dit qu’elle est trop sollicitée pour faire son travail correctement possède malheureusement la bonne conclusion. Il va falloir faire plus que ce que la moyenne des gens va faire, pour se démarquer.

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C’est honteux mais c’est comme ça. C’est pourquoi il est si important de ne pas se disperser dans sa recherche et de revenir à une démarche ultra-ciblée.

La deuxième conséquence c’est que vous ne pouvez pas accepter de remettre vos destin dans les mains d’un recruteur. Reprenez la main partout où vous le pouvez (j’ai donné 4 exemples précis dans cet article). En particulier quand il s’agit de relancer. Je suis toujours étonné d’observer la timidité avec laquelle les chercheurs abordent la question de la relance. Peu importe ce que le recruteur vous dit, considérez que c’est vous qui menez le tempo des relances. Ne laissez pas passer plus d’une semaine sans avoir eu un contact avec le recruteur. Prenez l’initiative.

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La plupart des recruteurs seront admiratifs : vous les aidez et en plus vous montrez que vous n’avez pas postulé par hasard. Les chercheurs qui vont inonder au hasard, ne seront pas capables de garder la main sur la relance. Et si vous avez besoin d’un outil pour vous aider : Boxmyjob devrait faire l’affaire.

La troisième conséquence c’est que vous ne devriez jamais rien prendre pour parole d’évangile dans la bouche d’un recruteur. Si un recruteur vous dit que vous êtes « surqualifié » pour le poste, ne le prenez pas au pied de la lettre : c’est souvent une excuse bidon quand on a pas le temps de faire un retour complet. Si on vous dit que le salaire est de X€, ne le prenez pas pour acquis avant de négocier. Si on vous dit que vous avez fait un bon entretien et que vous avez de bonnes chances d’avoir le job, ne vous reposez pas là-dessus, continuer à chercher ailleurs. Vous n’imaginez pas le nombre de raisons qui peuvent pousser un recruteur à mentir là-dessus.

Conclusion

La pire chose que vous pourriez faire après avoir lu cet article serait de vous reposer sur ce constat pour justifier votre propre manque de rigueur. La meilleure chose que vous pourriez faire serait de devenir exigeant(e).

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Si vous avez ce confort, décidez de ne travailler qu’avec de bons recruteurs. Car, oui, il existe beaucoup de bons recruteurs aussi. Des recruteurs qui font ce qu’ils disent, qui prennent en compte vos problématiques logistiques et qui vous traitent comme un partenaire plutôt qu’un enfant ou une marchandise.

Si vous n’avez pas le luxe du choix du recruteur, vous serez au moins débarrassé(e) de votre naïveté. Ne la remplacez pas par de l’arrogance. Mais soyez désormais lucide sur la réalité du métier de ceux qui sont de l’autre côté de la barrière.

  • Joaquina Abélard

    Bonjour Nicolas,
    Excellent article, j’avais en effet vu passer le mot de la « chasseuse de têtes » à destination des chercheurs d’emplois… J’en suis restée sans voix !
    J’aime beaucoup la conclusion de l’article, les candidats n’ont pas à accepter tout ce que certains recruteurs demandent. Je me souviens avoir échangé avec un recruteur qui demandait aux candidats de raconter leur « premier coup de foudre », prétendument pour évaluer leur capacité d’émerveillement… Comme quoi, on voit de tout partout, même (et surtout !) chez les recruteurs.
    Bonne journée !
    Joaquina

  • Hélène LY

    Merci Nicolas pour cet excellent article!
    J’avais aussi lu et commenté le post de cette recruteuse et je suis toujours consternée par ce genre de message.
    Et je suis à 200% d’accord avec ce passage … »vous pouvez aisément comprendre que la position de recruteur est souvent un bizutage. Pour beaucoup de professionnels des Ressources Humaines c’est un passage désagréable mais obligé avant de pouvoir évoluer vers des sphères plus nobles. Vous avez donc beaucoup de recruteurs par défaut »…
    Je suis chargée de recrutement depuis presque 10 ans et on me demande régulièrement ce que je veux faire après/ combien de temps je vais encore faire ce métier.
    C’est une vision assez curieuse du métier…
    Merci encore et bonne journée!

    • Nicolas Galita

      Hello Hélène

      Je n’ai rien à rajouter !!!

  • Francis

    Il y a le bon et le mauvais chasseur de tête: http://leschasseursdudimanche.tumblr.com/

    Un petit tumblr qui rassemble les messages « WTF » des recruteurs

    • Nicolas Galita

      Ahah génial ! Merci Francis !