Et si votre arme ultime était un café ?

La dernière fois nous avons vu comment j’avais découvert par hasard qu’envoyer un CV à un(e) inconnu(e) était une des méthodes les plus inefficaces dans une recherche d’emploi. Aujourd’hui je vous propose de découvrir l’arme ultime de mon arsenal de chercheur : proposer un café ou un déjeuner.

Beaucoup d’entre vous m’ont demandé des articles pour apprendre à faire un CV. J’espère que vous commencez à comprendre pourquoi je ne traite pas de ce sujet en priorité. On se focalise vraiment trop sur le CV alors que 95% de l’efficacité vient de la démarche.

Incroyable mais vrai

Une des premières choses que j’ai faites lors de ma première recherche aura été de lire un livre qui s’appelait la semaine des 4 heures. Et c’est dans ce livre que l’auteur nous incite à sortir de notre zone de confort et de susciter des rencontres.

  » Les sommets sont solitaires. 99% des gens dans le monde sont convaincus qu’ils sont incapables de faire de grandes choses, donc ils visent le médiocre. La compétition est donc acharnée et féroce pour les objectifs « réalistes » ce qui les rend, paradoxalement, ceux qui demandent le plus de temps et d’énergie. Il est plus facile de lever 10 000 000€ que d’en lever 1 000 000 €. »

 » Si vous vous sentez timide…devinez quoi ? Tout le monde se sent comme ça. Ne surestimez pas la concurrence et ne vous sous-estimez pas vous-mêmes. Vous êtes meilleur(e) que ce que vous pensez »

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Il explique ensuite comment envoyer des emails à des inconnus, et de préférence les plus hauts placés possibles. La première fois que j’ai mis en application cette démarche c’était pour écrire aux deux auteurs d’un livre sur les cabinets de recrutement. Pour les remercier et leur proposer de discuter au téléphone. Quelque chose que je n’aurais jamais osé faire auparavant.

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(Vous remarquerez que je cite à la fin son co-auteur, en précisant que j’avais déjà téléphoné avec lui. Si vous avez eu un contact avec quelqu’un que votre interlocuteur connaît, ne passez pas à côté de l’occasion de le dire explicitement).

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J’ai été moi-même bluffé d’obtenir à chaque fois une réponse ! Le secret c’est que si vous envoyez un email (ou que vous téléphonez) à quelqu’un que vous avez vraiment ciblé, avec une demande concrète et en commençant par parler de votre interlocuteur plutôt que de vous-mêmes, on vous répondra souvent. Surtout si vous prenez la peine de vous intéresser et de considérer son travail.

Ce qui est marrant c’est que, contrairement à l’intuition, ce n’est pas beaucoup plus compliqué quand les gens se trouvent à de hauts niveaux hiérarchiques. C’est même souvent plus facile. Si vous n’êtes pas bloqué(e) par un assistant et que votre démarche est pertinente, vous aurez souvent plus de réponses de la part de quelqu’un qui a un vrai pouvoir décisionnaire. Il m’est arrivé d’écrire un email sans réponse à responsable recrutement, puis de contacter directement le PDG et d’avoir une réponse dans le quart d’heure !

Au final, peu importe sa position, si vous arrivez à intéresser quelqu’un il vous accordera de son temps, c’est aussi simple (et aussi compliqué) que ça.

Attention : il ne s’agit pas de contacter un recruteur (rappelez-vous : ce n’est pas votre cible) mais bien quelqu’un qui exerce le métier que vous visez.

La technique

Et intéresser quelqu’un est à la fois très facile et très difficile car notre éducation nous pousse à écrire des choses fades et ennuyeuses quand on est en position de demandeur.

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Pour ce faire, on peut suivre une structure simple.

1) Parler de l’interlocuteur 
2) Faire le lien à soi
3) Proposer un appel, un café ou un déjeuner avec un objectif clair

Prenons un exemple concret. Imaginons que je veuille contacter John Doe, recruteur spécialiste en sourcing chez Link Humans

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1) Parler de l’interlocuteur

« Bonjour John,

J’ai vu que vous étiez recruteur chez Link Humans ? De ce que j’ai compris vous affectionnez particulièrement les techniques de recrutement innovantes. Vous avez notamment l’air passionné par les techniques de sourcing. »

2) Faire le lien à soi

« … Or, il se trouve que je m’intéresse vivement au sourcing. En effet, j’ai découvert le sujet il y a bientôt un an et je suis convaincu que le sourcing est l’avenir du recrutement. Cependant, j’ai parfois eu du mal à convaincre autour de moi qu’il fallait y investir du temps. Du coup, je me demandais comment vous faisiez ? Arrivez-vous à trouver le temps de faire du vrai sourcing chez Link Humans ?»

(N.B : une des grandes plaintes des recruteurs c’est de ne pas avoir le temps de faire du sourcing).

3) Proposer un objectif clair

« J’aimerais discuter plus en détails de la question autour d’un café ou d’un déjeuner. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que la semaine prochaine vous parlerait ?

Bien à vous, »

L’idée et l’objectif du café ou déjeuner suscité

Comme nous l’avons vu la dernière fois, l’idée n’est pas d’arriver comme un mauvais vendeur avec son CV et sa demande. Vous remarquerez qu’à aucun un moment il n’est question de formuler la moindre demande. À ce stade l’important est de créer une connexion, un début de relation. D’ailleurs, dans la vraie vie, vous savez très bien le faire. Personne ne va voir les gens en leur proposant des choses sans avoir au moins parlé de la pluie et du beau temps avant. Le maître-mot est donc l’écoute.

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Posez des questions sur le métier. Vous serez étonné(e) de voir à quel point un même métier est vécu de manière très différentes selon les entreprises, les pays et les individus. Intéressez-vous sincèrement à votre interlocuteur, à ses problématiques, ses motivations. Quoi qu’il arrive vous en sortirez enrichi humainement et professionnellement.

Dans la même idée, n’hésitez pas à poser des questions sur l’entreprise, ses spécificités, sa culture. Vous en profiterez pour demander à votre interlocuteur si il ou elle s’y sent bien, information plus que cruciale. D’ailleurs, le fait de ne pas inverser les choses (et donc d’écouter avant de parler de vous) vous permettra d’avoir une réponse plus franche que si vous étiez déjà en contexte d’entretien de recrutement.

Enfin, une fois que vous avez découvert et écouté l’autre, c’est le moment de parler un peu de vous. Si vous avez encore du mal à parler de vous je vous invite à revenir sur cet article. Maintenant que vous avez écouté, vous devriez être en mesure d’avoir une idée de ce que peut rechercher l’entreprise. Il n’y a plus qu’à aborder subtilement le sujet. Avec par exemple une question simple comme par exemple :

« et vous arrivez gérer tout ça sans soucis ? »

Et en fonction de la réponse vous pourrez encore mieux jauger le besoin ou non de recrutement. Par exemple si on vous répond :

« Oh non ! Je suis vraiment toujours dans l’urgence. »

Votre prochaine étape sera forcément d’évoquer l’idée que vous avez quelque chose à apporter. Pas forcément au moment du déjeuner d’ailleurs, il est de bon ton de garder cette dimension d’écoute jusqu’à la fin si on ne vous le demande pas explicitement. Ce qui vous permettra ensuite de revenir avec quelque chose comme :

« Bonjour John,

J’ai beaucoup apprécié notre déjeuner ensemble. De manière générale, ce que j’ai pu comprendre de l’entreprise Y m’a vraiment donné envie d’en découvrir plus. Vous sauriez comment je devrais m’y prendre si je voulais vous rejoindre ? »

Les peurs les plus fréquentes

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« Oui mais ça ne se fait pas »

Je ne sais pas qui décide de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. J’ai l’impression que cette phrase sert souvent à justifier sa peur, sa timidité ou sa flemme. Mais je suis convaincu que la plupart des gens préfèrent avoir des discussions humaines que de recevoir des CV fades sur leur bureau.

 « Mais et si, et si, et si… ? »

En général ces 3 mots sont suivis d’une projection apocalyptique qui finit par « on va me blacklister ».

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Non on ne va pas vous blacklister parce que vous avez essayé de parler avec quelqu’un. Croyez-moi. Le pire qui puisse vous arrivez c’est qu’on ne vous réponde pas. Vous vous en remettrez. D’autant plus que vous n’avez absolument rien à perdre.

« C’est différent dans mon secteur. »

Non, vraiment pas. Ce qui est marrant c’est que la plupart des personnes qui me répondent ça me disent qu’elles sont dans un secteur très particulier, qui ne fonctionne pas comme le reste du marché du travail français. Mais elles me disent en même temps que la méthode qu’elles utilisent c’est l’envoi de CV pour répondre à des annonces. Exactement comme tout le monde.

Conclusion

Dans tous les cas, même si vous n’êtes pas d’accord et que vous continuez à avoir une de ces peurs, je vous invite à essayer au moins une fois. Au pire du pire du pire, on ne vous répondra pas et vous passerez à autre chose.

Ne vous prenez pas la tête outre-mesure. Je suis toujours sidéré de voir à quel point les gens se tordent le cerveau pour choisir leur formule de politesse (je finis comment ? Cordialement ? Bien à vous ?).

« Done is better than perfect ».

La différence ne se joue pas entre les gens qui écrivent cordialement et ceux qui écrivent bien à vous. Elle se joue entre les gens qui osent envoyer et ceux qui n’osent pas.

Bien à vous ;P

 

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  • Alain MOURLON

    Au final, si je lis votre histoire, vous avez osé (je dis toujours, un vendeur qui ose, c’est un vendeur qui propose ; et ça se décline avec « candidat »), vous avez réussi à rentrer chez Link Humans, mais est-ce que vous avez réussi à travailler 4h par semaine ? ;-)
    Allez, je vous donne la réponse : comme vous êtes un recruteur heureux, vous ne travaillez pas mais vous exercez votre passion toute la journée : CQFD.
    Merci pour l’optimisme qui se dégage de chacun de vos articles et le bonheur que j’ai à vous lire (et à apprendre). Un recruteur est par nature curieux, je le suis, et je suis heureux de découvrir d’autres points de vue. Je ne travaille pas en cabinet et je suis le seul recruteur de l’entreprise où je suis.

    Bien cordialement à vous…

  • Nicolas Galita

    Bonjour Alain,

    Je ne sais pas si on peut dire que j’ai réussi à rentrer chez Link Humans, c’est plutôt Link Humans qui a réussi à me faire rentrer ^^. Puisque j’avais décliné la proposition au début.

    Recruteur heureux ? Non je ne suis pas recruteur ! Et le recrutement n’a jamais été ma passion ^^.

    Merci de lire le blog !!!!!

    Content que ça puisse servir aussi côté recruteur :D.

  • Gueguen

    Bonjour Nicolas,

    Merci pour la bonne humeur et le dynamisme qui ressort de chacun de vos billets. Sur celui-ci, un petit aspect (tout petit) aurait mérité quelques lignes : l’objet. Que mettriez-vous en objet pour allécher le destinataire, afin que votre email ne passe pas directement à la corbeille ?

    Susciter la curiosité sans trop en dévoiler, tout un art :)

    • Nicolas Galita

      Merci Véronique :D

      Aaaaah oui j’ai oublié d’en parler !

      Moi j’écris des choses comme « Et si on prenait un café ? » ou j’essaie de trouver quelque chose de spécifique sur son profil puis d’y faire allusion. Par exemple « Vous êtes vraiment fans des Lakers ? »

  • ricao

    Hello,

    Je confirme : cette technique fonctionne pour rencontrer du monde ! Mais elle a ses limites, l’argent (il faut avoir les moyens d’aller déjeuner souvent) et le fait que les gens en face de vous savent TOUJOURS que vous êtes en recherche, ils ne sont pas dupes.
    Certains vous refroidissent immédiatement en vous le disant d’ailleurs.
    Il faut aussi savoir de quoi parler, pas toujours facile…
    Néanmoins c’est agréable de sortir de chez soi et parfois une opportunité peut surgir par hasard.
    Du coup comme je suis un impatient et que ces rdv ne me convenaient pas j’ai créé un groupe d’afterwork sur Linkedin.
    Là je prend un verre avec une dizaine de personnes qui apprennent à se connaître et se voient régulièrement toutes les 3 semaines, ce qui en amènent d’autres etc…
    « Les après-boulot » si ça vous intéresse ;)

    • Nicolas Galita

      Hello Eric,

      Oui c’est sûr qu’on est limité par le prix d’un déjeuner répété plusieurs fois. Ce n’est pas du tout négligeable, je le confirme.

      Heeeeeey intéressant ! Tu peux m’envoyer un lien ?

  • ricao

    Le voici :
    https://www.linkedin.com/groups/8417692

    Evidemment tout le monde est bienvenu quelle que soit sa profession. J’ai déja eu des entrepreneurs, avocats, expert-comptables etc…

    • Nicolas Galita

      Aaaaaah super :D :D :D

  • Claire

    Voilà mon 1er inmail sur linkedin :) Finalement c’était pas si difficile !!!

    • Nicolas Galita

      Ah super :D :D :D

  • Charlène

    Je trouve cette démarche intéressante. Mais j’ai une question : quand on habite loin de la personne qu’on souhaite contacté, comment fait-on pour lui proposer un café ? Est ce que la rencontre par skype peut être une alternative ou pas ?

    • Nicolas Galita

      On peut mais c’est vraiment beaucoup moins intéressant !