7 mythes du marché de l’emploi qui vous polluent l’esprit

Difficile de ne pas se laisser avoir par les légendes urbaines et les idées reçues. Surtout quand elles sont répétées par tout le monde autour de soi.

Avant de commencer, pour comprendre la suite, il faut que vous compreniez la définition d’un chômeur. Un chômeur, en statistiques de l’emploi, est quelqu’un qui cherche du travail, toujours. Quelqu’un qui ne cherche pas est un inactif et il n’est pas comptabilisé dans le taux de chômage. Cette nuance est à la source des deux premiers mythes.

1) Le plein emploi

Si vous appartenez comme moi à la génération d’après le choc pétrolier vous avez dû entendre parler de la période de plein emploi comme on entend parler des contes de fées. Cette magnifique période où les rues étaient pavées d’or, l’école fonctionnait et les gens avaient tous un travail.

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On avait donc le plein emploi en France. Ce qu’on oublie de rajouter c’est qu’à cette époque l’emploi était essentiellement masculin. D’ailleurs « au recensement de 1962, les deux tiers des actifs occupés étaient des hommes » (source : rapport de l’INSEE)

Depuis, le taux d’emploi féminin n’a quasiment jamais arrêté d’augmenter, pour atteindre des niveaux comparables avec le taux d’emploi masculin.

Donc quand on vous dit que le chômage de 1960 était de 1%, il faut bien vous rappeler de la définition du taux de chômage. Un taux de 1% de chômage ne veut pas dire que 99% des gens travaillent. Un taux de 1% de chômage ça veut juste dire que 99% des gens qui VEULENT travailler, travaillent.

Concrètement, imaginons un village de 100 habitants. Sur ces 100 habitants un seul veut travailler. Et il travaille. Les 99 autres ne travaillent pas. Le taux de chômage est alors de…0% !

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De même imaginons 50 habitants et 50 habitantes en âge de travailler. 49 habitants travaillent et 1 est au chômage. Les 50 habitantes décident de rester au foyer. Et bien vous avez 51 personnes sur 100 qui ne travaillent pas. Mais le taux de chômage est seulement de 2% (1/50).

2) Le chômage des jeunes

25% de chômage des jeunes ! Vous vous rendez compte ? Et les journalistes s’en donnent à coeur joie pour faire dans le catastrophisme. Le pire c’est que j’ai vu des gens sincèrement s’attaquer au problème du chômage des jeunes de 25%. Le hic : c’est une arnaque statistique.

Une personne normalement constituée, quand on lui dit « il y a 25% de chômage de jeunes » elle imagine quoi ? Elle imagine que sur 100 jeunes, 25 sont au chômage. Logique. Mais c’est complètement faux.

Rappelez-vous, on vient de le voir : le taux de chômage est calculé uniquement à partir des gens qui VEULENT travailler. Or, les jeunes dans les statistiques c’est les 15-24 ans. Et il se trouve que la majorité (70%) des 15-24 ans est à l’école !

Imaginons un village de 100 habitants de 15 ans. 99 sont à l’école. Le dernier quitte l’école et se met sur le marché du travail. Mais il ne trouve rien. Le taux de chômage des jeunes de 15 ans est alors de 100% !

C’est pourquoi il faut manier ce taux de chômage avec la plus grande précaution. Le fait que les jeunes étudient fausse complètement la donne.

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70% des jeunes sont étudiants. Quand on parle d’un taux de chômage de 25% on est donc en train de dire que 25% des 30% qui veulent travailler sont au chômage. Et 25% de 30% ça fait 7,5%.

Quand on dit que le taux de chômage des jeunes est de 25%, les gens normaux entendent que 25 jeunes sur 100 sont au chômage. Alors qu’en vrai vous avez 72 jeunes sur 100 qui étudient, 20 jeunes qui travaillent et 8 qui sont au chômage.

La proportion de chômeurs est donc de 8%, ce qui est effectivement problématique mais qui est beaucoup moins spectaculaire que le fameux 25%.

3) Le salaire moyen français

Avant de rentrer sur le marché du travail on a souvent une vision totalement fausse des salaires français. La faute à la fameuse moyenne que l’on retrouve dans les médias. Le salaire moyen en France est environ de 2200€ nets (34 k€ annuels bruts).

Quand on vous dit ça, si vous êtes normalement constitué(e) vous comprenez quoi ? Que la moitié des français gagnent plus que 2200€. Et c’est complètement faux ! La moyenne est un très mauvais indicateur pour les salaires. À cause des valeurs extrêmes qui faussent tout.

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Revenons à notre village de 100 habitants. Imaginez que vous ayez 1 habitant qui gagne 100 M€ et 99 habitants qui gagnent 0€. La moyenne des salaires du village est de 10M€/100 = 100 000€ ! Chiffre totalement absurde qui ne permet pas de saisir la réalité du village.

Alors quel est le bon indicateur ? La médiane. Le salaire médian c’est le salaire qui divise les français en deux parties égales : ceux qui gagnent moins et ceux qui gagnent plus. Et le salaire médian français est environ de 1 800€ nets (28 k€ annuels bruts). Une moitié des français gagnent donc moins de 1800€.

4) Les emplois non pourvus ou vacants

Vous savez, les fameux 400 000/500 000 emplois non pourvus et vacants en France. Environ une fois tous les ans, un homme politique se réveille, descend de sa tour et clame que c’est un scandale d’avoir autant d’emplois non pourvus avec un taux de chômage si haut.

Le problème c’est que par définition tout emploi est vacant avant que d’être pourvu ! Quand un employeur poste une annonce, le processus de recrutement peut prendre plusieurs mois. Rien n’est instantané.

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L’autre problème c’est qu’une offre d’emploi peut être non pourvue pour plein de raisons. Par exemple, il y a de fausses offres d’emploi qui ont pour seul objectif de construire un vivier de CV, sans qu’il y ait le moindre poste derrière. Ensuite, quand le taux de chômage est haut, le rapport de force est en faveur des employeurs et donc ils peuvent tenter des offres extrêmement basses du type 1 heure de nettoyage par semaine pour le smic horaire.

Bref, ne pensez pas que vous allez trouver un gisement magique d’emplois qui n’attendent que vous. Même s’il existe tout de même quelques secteurs vraiment pénuriques comme les développeurs informatiques et les bouchers (pour ne citer qu’eux).

5) L’annonce comme canal principal de recherche

Alors que l’annonce est dans tous les imaginaires, son efficacité individuelle est toute relative. Selon les calculs on arrive à 7% de probabilité d’être recruté sur un poste donné directement en répondant à une annonce.

Pour en savoir plus relisez cet article.

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6) Le robot lecteur de CV

Je ne compte plus les chercheurs que j’entends se prendre la tête sur le fameux robot qui trie les CV. Ils essaient alors de mettre le plus de mots-clés dans leur CV pour le faire passer ce tri. Je n’ai aucun chiffre là-dessus mais, étrangement, sur les 300-350 recruteurs que j’ai rencontré j’en ai vu très peu qui utilisaient effectivement les requêtes de leur outil de gestion. Mythe ou pas, je ne sais pas mais si vous voulez vraiment passer les filtres essayez plutôt la méthode des cafés ^^.

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7) Le CDI a déjà disparu : il n’y a plus que des embauches en CDD

J’ai envie de sauter de ma chaise à chaque fois que j’entends « 80% des embauches sont des CDD ». Car, quelqu’un de normalement constitué, va comprendre que 80% des salariés sont en CDD.

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Alors que 89% des salariés sont en CDI !

Pire encore j’ai entendu plusieurs fois des « experts » résoudre le paradoxe en disant que c’était une histoire de temps. Que les 89% n’étaient que le résultat de l’inertie. Rien n’est plus faux.

Prenons un village de 2 habitants. En 2015, 1 habitant a passé l’année en CDI dans la même entreprise. Et l’autre a enchaîné 4 CDD. On a alors un taux d’embauche en CDD de 80% ! Alors que 50% des gens sont en CDI.

Cela vient tout simplement de la nature même du CDD. La durée moyenne d’un CDD est environ de 10 jours.

Attention cela ne veut pas dire que le chiffre n’est pas pertinent, mais c’est comme le chômage des jeunes : il faut faire attention à ne pas se laisser avoir par le côté spectaculaire du chiffre.

Bonnes recherches !

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Sources:

Chômage, le mythe des emplois vacants

Encore plus d’embauches en CDD

Gagnez-vous plus que le français moyen ?

Les français gagnent en moyenne 2202 euros nets par mois

Les chiffres du chômage des jeunes, génération perdue

Soixante ans d’emploi