N’ayez plus honte d’être à la recherche d’un emploi !

Quand on est en recherche on a vite fait d’avoir honte. Surtout quand la télévision rabâche en boucle des énormités et des refrains culpabilisants.

Comment faire pour ne jamais se sentir honteux d’être en recherche d’emploi ?

Le problème du mot chômeur

D’abord en refusant le mot de chômeur. Parce qu’il a été souillé et intoxiqué par des personnes inconscientes à un point que le sens a changé. Désormais, la plupart des gens ont une vision négative de ce mot. Ça ne choque plus personne de parler d’un chômeur comme d’un assisté qui ne cherche pas de travail. Alors que dans la DÉFINITION du mot chômeur il y a la notion de chercher du travail. Pour rappel, voici la définition officielle de l’Insee :

« Un chômeur est une personne qui n’a pas d’emploi et qui en recherche un. »

À cause des propagandes médiatiques, beaucoup de personnes ne voient plus la différence entre le mot chômeur et le mot inactif. Un chômeur ce n’est pas juste quelqu’un qui ne travaille pas. Ça c’est un inactif. Un chômeur c’est quelqu’un qui ne travaille pas ET qui cherche un emploi.

(Note : Pour ne pas alourdir l’article je vais exceptionnellement faire l’amalgame entre travail et emploi)

Et, au-delà de ça, c’est tout de même très étrange de designer quelqu’un par son état plutôt que par son activité. Par exemple, un vendeur on ne l’appelle pas un travailleur (son état) mais bien un vendeur (son activité). Pourquoi donc appeler quelqu’un un chômeur ? Alors qu’on pourrait l’appeler un chercheur, ce qui est son activité.

D’ailleurs on peut chercher sans être chômeur. Donc autant utiliser la désignation la plus large et la moins stigmatisante.

La spirale de la culpabilité

À cause des politiques

 

De manière assez mystérieuse, les hommes politiques sont obsédés par la question du chômage. Alors qu’ils n’y peuvent rien. Pour des raisons structurelles : si les entreprises veulent 30 millions de temps plein et que vous avez 35 millions de français qui veulent travailler alors vous aurez 5 millions de chômeurs.

Et comme ils n’y peuvent rien, ils se mettent à vociférer. Jusqu’à dire des choses totalement absurdes comme : «le problème c’est l’assistanat». Ce qui est à peu près aussi idiot que de dire que c’est parce qu’on soigne les gens qu’ils tombent malade.

Ou «Le problème c’est les fraudeurs». Ce qui est à peu près aussi malin que de dire que le plus grand problème de l’humanité ce n’est pas la maladie mais bien les gens qui font semblant d’être malades. Et que si on arrive à détecter tous les malades imaginaires on aura vaincu la maladie.

À cause de votre entourage

Dans le même temps, vous avez une pression de votre entourage. La plupart du temps elle est bienveillante. Elle n’en est pas moins toxique pour autant.

Vos proches s’inquiètent : et le matraquage médiatique y est pour quelque chose. Donc ils commencent à paniquer et à proposer tout et n’importe quoi. Notamment des choses sans aucun rapport avec ce que vous cherchez. Ce qui ne vous aide absolument pas.

Pire encore : votre entourage n’est pas bienveillant et vous pointe du doigt. Avec des remarques et des regards.

Et, malheureusement, plus les gens sont âgés et plus ils sont susceptibles de vous traiter de manière accusatrice. Pourquoi ? Parce que plus quelqu’un est âgé et plus il a des chances d’avoir connu la période de plein emploi.

Or, quelqu’un qui a vécu dans une économie de plein emploi ne peut pas comprendre ce qu’est le chômage. Qu’est-ce que le plein emploi ? Ce n’est pas quand tout le monde travaille. Je rappelle que même avec 0% de chômage vous avez encore des inactifs puisque les chômeurs c’est ceux qui VEULENT travailler.

Un chômage à 0% ça veut dire qu’il y a plus de postes que de gens qui veulent travailler. Donc il suffit de se lever un matin et de dire «je veux travailler» pour être employé.

(Note : en fait le plein emploi commence non pas à 0% mais en-dessous de 5%, car il y a toujours des gens en transition. C’est un autre sujet.)

C’est pour ça que les gens qui ont grandi dans une économie de plein emploi ont l’impression qu’il suffit de vouloir travailler pour être embauché. Et donc ils se disent inconsciemment que les chômeurs sont des gens qui ne veulent pas travailler. Ce qui était logique à leur époque.

Prenez donc énormément de précautions si vous interagissez avec quelqu’un qui a connu le plein emploi. Pire encore, si vous avez vous-mêmes connu le plein emploi et que vous vous retrouvez en recherche pour la première fois : ce n’est pas vous qui êtes devenu subitement nul. C’est le marché qui a changé.

À cause de vous-même

On en arrive à votre pire ennemi. La personne qui vous inflige le plus de pression ce n’est ni un homme politique ni un membre de votre entourage : c’est vous-même.

1) Parce que vous avez peur

La peur est un sentiment normal mais dangereux. La peur vous rend vulnérable. Or, quand on cherche on a peur de ne pas trouver. Personne n’est capable de savoir combien de temps il mettra pour trouver. Nous avons donc tous peur de ne pas trouver. Après, cette peur sera plus ou moins intense selon votre rapport global à la peur. Par exemple, certaines personnes auront un stress positif qui va les stimuler et d’autres vont se paralyser de panique et imaginer des scénarios catastrophes où elles finissent à la rue.

2) Parce que vous vous dénigrez

La pression extérieure est certes forte mais elle ne fonctionnerait pas si vous aviez une confiance totale en vous-même. Pour qu’il y ait pression il faut un point de pression.

3) Parce que vous vous sentez inférieur

Dans le même esprit, si vous êtes du style à vous sentir inférieur aux autres alors le sentiment de honte arrive bien plus facilement.

Si vous êtes particulièrement atteint(e) par le syndrome de l’imposteur, tout se complique.

4) Parce que votre revenu diminue

La structure actuelle de notre économie fait que l’on a tendance à s’évaluer à l’aune de son revenu. C’est évidemment malsain en soi mais ça devient mille fois pire quand votre revenu tombe à zéro.

Nous sommes conditionnés à évaluer la valeur des individus en fonction de ce qu’ils gagnent. Donc si vous ne gagnez rien vous ne valez rien. Totalement absurde bien sûr. Mais il faut une certaine discipline mentale pour réussir à se débarrasser de cette pensée toxique.

5) C’est pour ça que ce ne sont pas des vacances

Beaucoup de gens qui n’ont jamais été au chômage ne comprennent pas que c’est tout sauf des vacances. Un salarié qui va en vacances ne perd pas confiance en lui bien au contraire. Il peut donc passer un moment agréable où il apprécie de ne pas travailler pour son employeur.

Quelqu’un qui est au chômage n’a pas ce luxe car il a un couteau sous la gorge. C’est le même mécanisme qui fait que la même activité peut être une punition ou un amusement selon son contexte. Téléphoner peut être un véritable plaisir. Mais ça ne l’est pas si vous téléphonez pour un centre d’appel.

Comment se désintoxiquer ?

Une fois qu’on a dit ça…que faire ? La désintoxication est un processus long mais salvateur. Mais il n’y a pas de miracle : si vous n’êtes pas profondément convaincu par ce que je viens d’écrire, il y a de grandes chances que la désintoxication soit impossible.

Voici quand même quelques astuces :

La diète médiatique

On sous-estime l’impact négatif de la télévision sur son bien-être. Le meilleur service que vous puissiez vous rendre serait d’éteindre une fois pour toutes votre télévision.

La télévision est un vecteur permanent d’angoisse, principalement à cause du traitement stupide des actualités. C’est à cause d’elle que beaucoup de gens ont l’impression que le monde est de plus en plus violent alors que c’est contredit par tous les chiffres. C’est aussi à cause d’elle que se propage des concepts absurdes comme « l’assistanat ».

La télévision favorise également la passivité, et engourdit votre énergie. Or, vous êtes probablement dans une période où vous manquez justement d’énergie et de motivation. D’autant plus que la télévision génère du stress inconscient. Éteignez-la pendant deux semaines et observez les effets sur votre sérénité.

Si vous faîtes partie des gens qui ont pleuré sur le web que l’année 2016 était la pire année de tous les temps, alors vous êtes sans aucun doute très atteint par la pollution télévisuelle. Ce syndrome a d’ailleurs été étudié par la sociologie et porte un nom : le syndrome du grand méchant monde.

Croyez-moi vous avez déjà suffisamment d’inquiétudes à traîner, pour ne pas en plus se rajouter celle de la télévision.

Comprendre que le chômage est mathématique

C’est une idée que j’ai eu l’occasion de largement développer dans cette vidéo (à partir de 3 minutes 40) :

Mais pour résumer, il s’agit de ne pas vous laisser escroquer par ce que vous entendez partout. Quand on écoute la télévision on a l’impression que le chômage est une anomalie. J’ai 27 ans au moment où j’écris ces lignes et je ne me souviens pas d’un jour où je me suis levé avec un taux de chômage significativement inférieur à celui de la veille.

À un moment il faudra qu’on accepte l’idée que ce taux de chômage n’est pas une anomalie mais bien une caractéristique de notre économie (telle qu’elle est aujourd’hui).

Si vous avez 35 millions de personnes qui veulent travailler et seulement 30 millions de postes, vous avez 5 Millions de chômeurs. Point final. Tout le reste n’est que de la poudre aux yeux.

Ce qui veut dire qu’il « faut » des chômeurs pour que l’économie continue de tourner à ce régime. Et donc l’état de chômage n’est pas de la faute du chômeur. Il relève d’un choix de société et d’un choix d’économie. On pourrait imaginer une économie où les gens ne travailleraient que 25 heures au lieu de 35 heures. Et probablement que vous n’auriez quasiment plus de chômeurs structurels. On pourrait également imaginer l’inverse : une économie à l’allemande avec des emplois très très peu rémunérés…ce qui permettraient d’embaucher plus de gens au même « coût ».

Ou alors, comme je l’ai vu dans certains pays où je voyageais, on peut inventer des métiers comme « teneur de panneaux » qui permettent de donner un emploi à tout le monde, même un emploi inutile.

N’ouvrons pas de débats entre ces visions du monde opposées mais retenons qu’il s’agit bien d’un choix de société. Le chômage est un choix de société. De la même manière, il y a un débat parmi les économistes pour établir le lien entre l’inflation et le taux de chômage. Certains vous diront que plus l’inflation est basse, plus le taux de chômage est haut. Or, la Banque Centrale Européenne, a une politique anti-inflation. Là encore, il s’agit d’un choix.

On pourrait faire tout un article sur les causes du chômage mais retenez qu’il ne faut pas surestimer les causes internes. Le chômage obéit également à de fortes puissances externes qui ne dépendent pas de vous.

C’est d’ailleurs pour ça que je ne vous promets jamais de vous sortir du chômage : parce que je sais qu’il est structurel et que quand quelqu’un entre dans le système, une autre personne en sort. Il n’y a pas assez de places pour tout le monde. Tout ce que je peux vous promettre c’est d’essayer d’être individuellement meilleur que les autres dans votre recherche.

Vous ne volez pas vos cotisations

Un des plus grands complexes que j’observe chez les chercheurs c’est une incompréhension totale des mécanismes de cotisations sociales français. J’entends souvent des gens se dire que ce n’est pas bien de toucher les allocations chômage trop longtemps. Comme si c’était un cadeau qui leur était fait.

C’est totalement absurde. Quand vous êtes employé(e) vous recevez un salaire. Et le salaire ce n’est pas uniquement le salaire net. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le brut s’appelle également salaire ? Parce que c’est un salaire indirect. Vos cotisations servent à vous faire gagner le droit de toucher des allocations s’il vous arrive quelque chose (chômage, maladie, retraite, accident du travail, incapacité permanente). Ce n’est pas une épargne dans la mesure où l’argent que vous cotisez à un instant t n’est pas celui que l’on vous reverse en t+1. Mais ça ressemble à un système d’assurance. En gros vous gagnez des points et plus vous avez de points plus vous pouvez prétendre à une grosse assurance.

C’est pour cela que les allocations chômages sont proportionnelles au salaire que vous gagniez. Et vous cotisez énormément ! Je ne vais pas rentrer dans les détails mais ce que vous appelez « brut » n’est qu’une moitié du vrai brut. Du coup quand on compte vraiment toutes les cotisations, pour un salaire net de 1€ vous versez entre 0,85 et 1€ dans les cotisations.

Donc quand on vous verse des allocations chômage, ce n’est pas du tout un acte de charité ! On vous rend juste ce que vous avez cotisé.

Si vous ne fraudez pas vous méritez donc vos allocations et vous n’avez pas à rougir. Par exemple, quelqu’un qui gagne le SMIC, aura cotisé pour plus de 12 000€ en un an. Pensez-y avant de vous sentir coupable quand on vous en rend une partie.

 Ne cherchez pas trop

C’est assez contre-intuitif mais si vous cherchez trop activement, si vous forcez trop les choses vous risquez de démolir votre capital confiance.

Si vous cherchez trop intensément vous risquez de très vite vous sentir en position de demande et de besoin. Et vous risquez également de sombrer dans la panique. Or, la panique est très mauvaise conseillère : c’est comme ça qu’on se retrouve à envoyer plein de candidatures sans cibler. On se heurte alors à un silence qui nous déprime encore plus. Et comme on est déprimé on envoie encore plus de candidatures sans cibler. Et ainsi de suite…

N’hésitez donc pas à vous aérer l’esprit et à entretenir votre moral (en faisant du sport et en continuant à vous former).

Conclusion

La gestion de son moral est une donnée souvent négligée dans la recherche d’emploi. Or, c’est tout sauf un détail : plus vous allez vous sentir mal à l’aise et moins vous donnerez envie aux gens de vous parler. Et la spirale infernale se déclenche.

À ce propos, je vous remets en garde contre le danger de postuler uniquement via les offres d’emploi. C’est un des meilleurs moyens pour sombrer dans la déprime en moins de 10 jours. (On en avait parlé ici).

Déjà si 1% d’entre vous prend la décision d’éteindre sa télévision suite à cet article on aura déjà fait un grand pas ;-).

Bonnes recherches,

  • Thierry Abel

    J’aime bien le conseil « Ne cherchez pas trop », c’est contre-productif. J’en sais quelque chose.. C’est pour vous que vous cherchez, pas pour les autres ou « la société ».

    • Nicolas Galita

      Exactement Thierry 😀

  • Ellimac Camille

    Merci pour cet article Nicolas, je plussoie ! 🙂 Je rajouterais meme : arretez de passer des entretiens trop souvent, c’est contre-productif : vous ne respectez ni vous, ni votre « client ». 2 entretiens par jour (1 matin, 1 ap-midi), voir 1 par jour, ca prend bien assez d energie, et ca permet de se preparer d avantage.

    • Nicolas Galita

      Merci ^^

      Tout à fait ! Et encore…1 par jour c’est énorme !

  • Margaux Gilquin

    Votre article me fait penser à ceux de Christel de Foucault; d’ Hélène de Jean-Christophe, pour ne citer qu’eux. Est une coïncidence ?