Quel avenir pour Dessine-Toi un Emploi ?

Dessine-Toi un Emploi a fêté ses un an en juin dernier. L’occasion pour moi de vous partager ma vision pour la seconde année. (Oui, j’ai écrit ces phrases en juin…puis…le temps s’est échappé).

Avant ça quelques chiffres pour faire le bilan (au 03 octobre 2016) :

  • Nombre d’articles : 55
  • Nombre de pages vues : 220 000+
  • Nombre d’abonnés par email : 8 500+
    Temps passé : une dizaine d’heures par semaine
  • Coût total : ~2 600 €
    1000 € (frais de l’outil d’envoi d’emails) + 980 € (facebook pro) + 600€ (coûts de développement)
  • Revenu total : une centaine de mails de remerciements, tous les plus touchants les uns que les autres ^^.

Ma vision de l’indépendance

J’ai déjà eu l’occasion d’échanger avec des lecteurs qui me disaient que ce qu’ils aimaient avec Dessine Toi un Emploi c’était que ça soit entièrement gratuit. C’est une manière très étrange de voir les choses. On peut faire des choses nulles et gratuites. Si, philosophiquement ça vous dérange de lire des articles (qui seront toujours gratuits) sur un blog qui génère un revenu vous risquez de ne bientôt plus être en phase avec ce blog. Et ce n’est pas grave.

Mais je vais vous expliquer pourquoi je pense que si on veut faire les choses sérieusement il faut créer un revenu. Et même plus que ça : il faut que ce revenu viennent de gens (pas forcément tous) qui utilisent vraiment le produit. C’est la seule manière de faire quelque chose qui soit à la fois durable et qui apporte de la valeur.

Premièrement, générer un revenu de la bonne façon est une question d’indépendance. À de multiples niveaux.

liberte

L’indépendance vis-à-vis des institutions

Il y a peu de gens que je respecte dans le secteur. Car beaucoup de gens brassent du vent. Mais il existe quelques personnes qui s’en sont rendu compte et veulent faire bouger les lignes. Pour rigoler je les appelle « la ligue » quand on discute. Un jour je ferai un article pour tous vous les présenter.

ice-hockey-659838_640

Le problème c’est que beaucoup d’entre eux et d’entre elles se sont lancés sur une voie que je pense vouée à l’échec : le modèle Pôle Emploi. C’est-à-dire qu’ils veulent fournir un produit totalement gratuit pour les utilisateurs tout en se finançant avec de l’argent public.

C’est un énorme piège. Car une fois que vous avez accepté de l’argent de la Mairie de Paris ou de Pôle Emploi vous êtes condamnés à leur faire plaisir, à les écouter. Que vous le vouliez ou non car l’impact est inconscient.

L’autre problème c’est que les gens qui paient ne sont pas directement concernés. C’est ce qui explique que certaines personnes maquillent les chiffres du chômage. Quelqu’un qui est lui-même au chômage ne maquillera pas son propre chiffre puisqu’il a un intérêt vital à ne plus l’être.

J’ai mis énormément de temps à comprendre cette phrase mais elle résume à la perfection ma conviction sur le sujet :

Tout ce qui est fait pour nous, mais sans nous, est fait contre nous

L’indépendance vis-à-vis des prestataires

On m’a déjà proposé de faire de l’affiliation pour des jobboards (les sites d’annonces d’emploi). Qu’est-ce que l’affiliation ?

L’affiliation c’est une sorte de placement de produit. L’idée c’est que j’écrive un article pour vanter les sites d’annonces et que je dise «au fait, ce site là est vraiment bien, jetez-y un œil». Et à chaque fois que quelqu’un clique sur le lien je touche une somme d’argent.

placement-de-produit

Là encore je refuse. Déjà parce que si j’ai besoin d’être payé pour vous présenter quelque chose c’est que ce quelque chose n’est pas si bien. Sinon je le ferais spontanément. Par exemple, quand je vous parle de Fuck le chômage, le livre de Mathieu Ménet, c’est que je l’ai vraiment apprécié. Quand vous cliquiez sur les liens je ne touchais pas de commission.

L’autre souci c’est que si vous prenez de l’argent d’un acteur, vous ne pouvez plus vraiment le critiquer. Si j’avais accepté ce partenariat je n’aurais jamais pu écrire l’article : 7 raisons de ne pas passer par annonces.

Encore une fois on perd l’indépendance.

L’indépendance vis-à-vis d’un employeur

De manière triviale, si une activité ne dégage aucun revenu et que vous êtes employé autre part vous ne pouvez pas critiquer cet employeur. Ni lui faire concurrence. Ni même travailler sur le temps de travail officiel. Vous êtes locataire et non propriétaire. Pire encore, si vous n’êtes pas employé et que vous ne dégagez aucun revenu, votre espérance de vie est limitée. C’est comme ça qu’une des personnes qui en faisait le plus pour la communauté a dû jeter l’éponge après un an et demi de travail et va retourner dans un emploi à plein temps.

J’ai la chance de travailler dans une entreprise où on me laisse gérer mon emploi du temps comme je veux. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des gens que je connais. Du coup ils sont continuellement tiraillés : dois-je m’occuper de mon blog à plein temps ? Quitter mon job ?

Et même une entreprise aussi libre que celle où je travaille a une influence inconsciente sur mon écriture. Par exemple, je sais qu’environ 20% des gens qui me lisent ici sont des recruteurs qui m’ont découvert sur le blog de mon entreprise. Donc des clients de mon entreprise. Ce qui fait que j’ai par exemple hésité à publier l’article : la plupart des recruteurs sont mauvais. J’ai fini par l’adoucir par rapport à la version originale.

Ma vision de l’alignement des intérêts

Ensuite, c’est une question d’alignement des intérêts. Je fais partie des gens qui croient que pour quelque chose fonctionne de manière durable et bénéfique il faut que les intérêts soient alignés. La première fois que je l’ai compris c’est en lisant une interview du fondateur du blog Bonne Gueule qui expliquait pourquoi il refusait catégoriquement la publicité alors que tout le monde en faisait dans son secteur.

Le problème structurel de Pôle Emploi

C’est quelque chose de crucial. Vous devriez toujours vous méfier de quelqu’un dont l’intérêt n’est pas aligné avec le votre.

mefiance

Même avec la meilleure volonté du monde vous serez toujours un peu en décalage. Pourquoi certains conseillers à Pôle Emploi vous proposent des postes à côté de la plaque ? Ils ne sont pas bêtes à Pôle Emploi. Ni malveillants. Simplement leur intérêt c’est que vous retrouviez un poste. N’importe lequel. Tant que vous êtes au chômage vous leur coûtez de l’argent et vous alourdissez les statistiques. Le désalignement est donc total.

Si demain les conseillers de Pôle Emploi étaient rémunérés en fonction de la note moyenne de satisfaction que leur laisseraient les usagers ce serait un tout autre monde.

Le problème de la publicité

Un exemple de ça c’est la publicité. Si j’affichais de la publicité sur le blog, nos intérêts ne seraient plus alignés. D’un coup, mon intérêt ne serait plus de vous proposer le meilleur contenu possible mais celui qui fait le plus cliquer. Pourquoi la plupart des journaux écrivent sur des sujets négatifs et angoissants ? Parce qu’il faut bien vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola et que le cerveau est très influençable quand il angoisse.

On en arrive même parfois à des choses ridicules. Sur certains médias on est obligé de regarder une vidéo de publicité plus longue que la video principale. Et je dis bien «obligé» : si vous changez de fenêtre la publicité s’arrête et attend votre retour.

C’est pareil pour les placements de produits même si c’est moins évident. Au final, si je remplaçais tous les liens qui sont déjà là par des liens d’affiliation ça ne changerait rien pour vous et ça me rapporterait de l’argent. Sauf que ça ne marche jamais dans ce sens. On vous propose l’argent AVANT que vous ayez fait votre avis. Or, personne n’est totalement insensible (même si tout le monde pense que oui) : on appelle ça un conflit d’intérêts. Et la littérature psychologique est unanime là-dessus : on a une fâcheuse tendance à sous-estimer la puissance de l’effet d’un conflit d’intérêt.

Le vrai alignement passe par un produit

Comment on aligne les intérêts ? En vendant un produit. C’est la solution la plus facile. Car il ne faut jamais oublier cette grande règle du web : si c’est gratuit c’est vous le produit.

Quand vous allez sur le site de Canal + ou de TF1, vous êtes le produit. On vend votre attention à des publicitaires. C’est pour ça que vous avez plein de pubs moches : le but ce n’est pas de vous donner de la bonne pub (oui ça existe) pour le plaisir de vos yeux. Non, le client c’est celui qui a payé pour avoir sa pub hideuse.

client-roi

Et comme personne n’aime les mauvaises pubs…ils sont obligés d’utiliser ce stratagème de chantage pour vous forcer à visionner la pub. Au final, on finit toujours par privilégier http://francepharm.net/cialis.html l’intérêt de ses clients.

C’est pour cela que je pense qu’il faut toujours que les gens qui paient soient les mêmes que les gens qui utilisent les services. Pour autant, j’ai la profonde croyance que quand on a confiance en sa valeur produite on se doit d’en distribuer un maximum gratuitement. Car il n’y a que le gratuit qui permette de toucher tout le monde.

Comment concilier payant et gratuit ?

On en arrive donc au modèle dit du « Freemium », c’est-à-dire que vous avez une partie gratuite et une partie payante. C’est un modèle économique de plus en plus répandu. Par exemple, sur Dropbox, vous pouvez utiliser l’application gratuitement jusqu’à une certaine limite de stockage. Et si vous en voulez plus vous payez.

Bien entendu, il y a la bonne et la mauvaise manière de le faire. La mauvaise manière de le faire c’est de proposer un produit gratuitement au début, puis d’un coup dégrader les fonctionnalités et demander aux gens de payer pour revenir à l’offre qu’ils ont connue gratuitement. Je hais cette manière de faire. C’est comme ça que j’ai dit au revoir à l’application Evernote. La bonne manière de faire c’est de proposer un produit gratuitement au début, puis de proposer des fonctionnalités supplémentaires.

signe-plus

En résumé, l’offre gratuite doit pouvoir se suffire à elle-même et non pas être volontairement incomplète pour racketter les utilisateurs. La mauvaise manière de faire du freemium dans mon cas ce serait de rendre d’un coup les programmes emails payants. La bonne manière (j’espère) de le faire c’est de proposer un produit inédit (probablement un livre) tout en conservant au même niveau tout ce qui était et reste gratuit.

Quelqu’un qui veut donc consommer gratuitement le contenu Dessine-Toi un Emploi sous forme d’articles pourra toujours le faire, et ce sera toujours un contenu complet. Quelqu’un qui voudra aller plus loin avec un livre ou une formation vidéo, pourra aussi le faire. Tout le monde y gagne.

Je sais que tout le monde ne sera pas d’accord

Malgré cela, je sais que certaines personnes le verront d’un mauvais oeil, uniquement par principe. Je n’ai jamais compris cette position et ce rapport à l’argent mais ce n’est pas grave, chacun fera son chemin de son côté.

time-to-go-1496959_640

Pour les autres, la bonne nouvelle c’est qu’avoir une offre payante dont les intérêts sont alignés avec l’offre gratuite aura des retombées positives secondaires.

En effet, un des grands avantages d’être alignés c’est que si la qualité de mon contenu baisse, les utilisateurs payants le feront savoir très fort. Je me suis rendu compte de ce phénomène en donnant des cours (de recrutement) en école. La première année j’ai laissé les élèves utiliser librement leur ordinateur pendant le cours. Grave erreur. Alors que je pensais avoir délivré un excellent cours, j’ai découvert ensuite des failles et points faibles qui n’auraient jamais pu avoir lieu si jamais j’avais aligné nos intérêts en faisant fermer les ordinateurs.

salle-de-classe

C’est ce que j’ai fait la seconde année et c’était extraordinaire. Car, une fois que les ordinateurs étaient fermés, à chaque fois que la qualité de mon cours diminuait, je le voyais dans le regard assassin des élèves qui ne pouvaient pas s’échapper en allant discuter sur Facebook. Tout le monde y a gagné et lors de la troisième année, j’avais enlevé quasiment tous les passages ennuyeux ou inutiles que j’avais senti grâce à la seconde.

Ma vision de l’écriture

Au début, j’ai écrit sans trop savoir où j’allais, ni même avoir d’identité. Un an plus tard, j’ai une idée beaucoup plus précise de ce que je veux écrire.

Déjà, j’ai compris pourquoi 90% de ce que je lis sur web est creux : parce que les gens écrivent sans rien avoir à dire. Ça a l’air bateau et trivial mais c’est un des grands secrets de l’écriture : si vous avez quelque chose à dire et que vous voulez le dire vous avez fait le gros du chemin.

micro

Vient alors le second obstacle, celui qui élimine quasiment toutes les personnes restantes : il faut écrire avec sa propre voix. Le but n’est jamais d’être gentil ou consensuel mais d’être authentique. L’effet secondaire c’est qu’on fâche forcément des gens. J’écris les choses comme je les pense. Si je veux dire que je trouve les sites d’annonces nuls, je le dis. Je me mets rarement de filtre. Je préfère dire radicalement ce que je dois dire. J’ai remarqué que la peur d’être radical est souvent ce qui amène à faire du contenu tiède et mou, par peur de vexer.

J’écris donc comme si personne ne me lisait. C’est fondamental : je ne me demande jamais qui va lire et qui va aimer. Je vois beaucoup de gens écrire et me dire « non mais là je ne peux pas écrire ceci car je représente ma boîte » ou « non mais je vais être lu aussi par cette catégorie de population et donc… ». C’est le début de la fin. Vous avez déjà observé ce qu’il se passe quand quelqu’un de normal danse comme si personne ne le regardait ? En général c’est bien plus intéressant que quand il danse en ayant peur d’être ridicule. C’est pareil pour l’écriture.

danser

Je continuerai donc à écrire dans cette lignée. Le vrai secret de Dessine Toi un Emploi c’est qu’en vrai je ne vous parle pas à vous. Je me parle à moi. Mais à une version de moi qui vit dans le passé. J’écris ce que j’aurais aimé lire à mon époque. Et, quand je n’écris pas pour moi, j’écris pour une amie à moi. Toujours la même. Elle se reconnaîtra. Elle me pose une question sur la recherche d’emploi et, si je n’ai pas déjà écrit d’article sur le sujet, je lui fais une réponse sous forme d’article. C’est par exemple comme ça qu’est né l’article « quand relancer le recruteur ». Vu que c’est une question que je ne me suis jamais posée moi-même, je ne peux pas dire que je l’ai écrit pour le moi du passé.

Ma vision de société

Le chômage ne va pas diminuer. Il faut s’y faire. Depuis que j’ai l’âge de comprendre le monde, on me dit que le chômage a augmenté la veille. Pourtant, on le présente encore comme si c’était quelque chose d’anormal. Comme s’il avait une vocation magique à diminuer et qu’on ne comprenait pas pourquoi il augmente. En vérité c’est l’inverse : toute l’histoire de l’humanité consiste à faire qu’un jour tout le monde soit au « chômage ». Mais au-delà de ça, c’est une question mathématique : il n’y a aucune raison pour qu’il y ait autant de postes que de chercheurs, aucune.

maths-calcul

 

Malheureusement, beaucoup de gens mentent ou se trompent sur le sujet. Je ne prédis pas l’avenir donc je n’ai aucune certitude. Mais je suis sûr et certain que tous les gens qui vous disent que les machines ne vous remplaceront jamais car il faut toujours une part d’humain, vous mentent. Ils ne peuvent pas le savoir. Les gens qui vous disent que la croissance tuera le chômage vous mentent aussi : ils ne peuvent pas le savoir. Les gens qui vous disent qu’ils inverseront la courbe du chômage vous mentent : ils ne peuvent pas le savoir.

En ce qui concerne l’impact que je peux avoir sur la société, il est minime. Pour une raison simple : je ne peux pas créer de l’emploi. La première chose que me demandent les quelques journalistes que j’ai croisé c’est toujours « mais concrètement combien de gens ont trouvé en suivant vos conseils ? ». Je n’en sais rien, je ne le saurai jamais et je ne pense même pas que ce soit une question mesurable.

Quand vous trouvez un emploi c’est toujours vous l’acteur principal. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. C’est pour ça que ma promesse ce n’est pas du tout celle-ci. La seule chose que je peux vous promettre c’est de passer un meilleur moment en suivant mes conseils. C’est tout. Oui c’est nul je sais. Mais c’est tout ce que je peux vraiment faire. Et c’est pour ça que je me bats. Parce que le reste n’est pas en mon contrôle, ni même en votre contrôle à vous, ni même en le contrôle des gens qui nous gouvernent.

Conclusion

Voilà ! Maintenant vous savez. Je tenais à faire une mise au point sur ma vision afin de ne pas décevoir ceux ou celles qui attendent autre chose. La balle est désormais dans notre camp : on verra combien on sera à jouer. Mais ce qui est incroyable avec un blog c’est que même si personne ne lit et que personne ne vous suit, ça reste une expérience formidable (ceux qui ont connu le blog Les Sourceurs sauront de quoi je parle ^^).